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Ça s’est passé à l’Ordre
11.12.2012
Quelle politique pour l'architecture ? Les architectes comptent d'abord sur eux-mêmes

mardi 11 décembre 2012 à 19h


Dans les grandes lignes, le débat « La place de l'architecte dans les politiques publiques » organisé dans le cadre de l'Assemblée annuelle de l'Ordre d'Île-de-France a montré un discours de responsabilité de la part des architectes : le pragmatisme, l'implication des architectes eux-mêmes dans leur devenir, l'absence de corporatisme étaient au rendez-vous, à la tribune comme dans la salle.

Ouvrant le débat après la présentation du bilan annuel, le président Bernard Mauplot a souligné le paradoxe de la situation française où la parole des architectes est plus reconnue que sollicitée, la loi sur l'architecture mal interprétée mais « unique en Europe », le respect des architectes insuffisant mais la demande d'architecture grandissante. Autant de raisons pour lui de réfléchir calmement aux moyens justes d'interpeller les pouvoirs publics, au lieu d'enfoncer toujours les mêmes clous. Car demander n'est rien, il faut être entendu. Par quels moyens ? A l'idée chère à Bernard Mauplot d'agir à l'échelle européenne a rapidement succédé dans le débat l'échelle de l'action individuelle : « si nous ne prenons pas la place que nous pensons mériter, personne de la prendra pour nous » lançait très vite Marine de la Guerrande (agence Think Tank Architecture), rejointe par les deux autres architectes « témoins » du débat, Emmanuelle Colboc et Pascal Chombart de Lauwe (agence Tectône). Marine de la Gerrande a été particulièrement applaudie pour son appel à un « engagement minimum pour la profession », qui commence par «une résistance totale au dumping » même pour une très jeune agence comme la sienne. Quelques minutes auparavant, Pascal Chombart de Lauwe avait introduit cette autocritique collective en affirmant que « signer un contrat à 5,5% d'honoraire est regardé comme une folie chez nos voisins européens. Si on veut une vraie politique publique, il faut se donner collectivement les moyens de disposer d'une considération suffisante ».

Le dumping est revenu comme un leitmotiv dans le débat, avec ses questions sous-jacentes : les architectes acceptent-t-ils de brader leurs prix par manque de solidarité professionnelle ou parce qu'ils ne savent pas résister aux pressions des commanditaires ? « Il existe des outils efficaces pour refuser une offre d'honoraire trop basse sans perdre le marché », diront Philippe Freiman (Mouvement) et Olivier Arène (Ordre d'Île-de-France) : le code des devoirs professionnel (articles 1 et 18), la loi Mop (article 29, efficace aussi dans le privé) et les textes MIQCP/conseil de l'Ordre sur Internet sont des « mines d'or » pour défendre l'honoraire juste. « Il est de notre devoir de faire comprendre à un commanditaire ce qu'il achète pour un prix bas. Le plus souvent, il comprend », insiste Olivier Arène. Pascal Chombart de Lauwe souhaite que les architectes se battent aussi pour garder la maîtrise des chantiers, au nom de l'intérêt public de la qualité architecturale.

Olivier de Certeau (Ordre d'Ile-de-France, DpA), estime que le dumping provient de la situation « effroyable » de l'architecture. Il appelle à faire supprimer le CPE avec lequel « les grandes entreprises essaient de récupérer le chantier énergétique » et revient sur l'abaissement du seuil de recours obligatoire à l'architecte. Pour Bernard Mauplot, il n'y a pas lieu au contraire d'attendre un geste providentiel de l'État, il faut trouver d'autres leviers d'action. Il résume les propos antérieurs : « La place des architectes est celle qu'ils sont capables de se faire eux-mêmes, en s'organisant, en se structurant, en investissant de nouvelles missions, en intervenant au bon niveau d'interpellation politique ».
Le débat en vient alors aux jets d'acide habituels contre la HMONP, dont l'existence prouverait l'incapacité des institutions ordinales à défendre ce que fut le DPLG. Cette fois-ci, c'est Gilbert Ramus (Unsfa) qui déboute ce propos en appelant fermement les architectes à structurer leur agences et à se former, en trois temps pour lui indispensables : formation initiale, HMONP (« que l'Unsfa voudrait plus longue »), formation continue (« que l'Unsfa demande à l'Ordre de rendre obligatoire »). La maîtrise d'œuvre en son nom propre est « un métier beaucoup plus difficile que celui d'ingénieur » affirme-t-il.

Les architectes semblent donc décidés à compter d'abord sur eux-mêmes. Ont-ils d'ailleurs d'autres choix, à l'heure où l'éparpillement de leur tutelle dans trois ministères différents les prive de décideur direct (quand ce n'est pas Bercy qui choisit, ou l'Europe) ? Emmanuelle Colboc dénonce amèrement cet état de fait, en demandant que l'Ordre national lutte davantage pour obtenir une tutelle interministérielle. Des voies s'élèvent pour dire que si l'on parvient à mieux faire reconnaître l'utilité sociale de l'architecture auprès du grand public, les politiques suivront ! L'attention portée aux usages, au « vivre ensemble »et à l'environnement pourrait porter ses fruits. « On est intrinsèquement social, quand on est architecte ! » lance Emmanuelle Colboc, mais elle ajoute : « il faut le montrer davantage ». Jean-Christophe Tougeron (Mouvement) rebondit en proposant que les architectes « se battent pour l'architecture au sein des débats politiques ».

On le sent bien, pour la plupart des architectes présents l'heure n'est pas à se victimiser mais à agir. Avec un certain optimisme. Philippe Freiman estime même que l'architecte est un nouvel « acteur émergent ». A ce titre, qu'il ne s'effraie pas des résistances qu'il suscite et aille de l'avant.

Pascale Joffroy

Dans le cadre de l'assemblée annuelle 2012, ce débat a été précédé d'un ensemble d'ateliers et de la présentation du rapport annuel d'activité remis aux 140 architectes présents.

Pour toute question, n’hésitez pas à contacter Basile Valentin, Responsable Communication & Partenariats par téléphone au 01 53 26 10 64 ou par mail à Cet adresse mail est protégé contre les spambots. Vous avez d'activer le javascript pour la visualiser.

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