Actualités et agenda
Ça s’est passé à l’Ordre
10.2.2011
Le logement dans la ville : sommes-nous prêts à bien vivre ensemble ?

débat, jeudi 10 février 2011

"Je t'aime, moi non plus. Les architectes, le logement et la ville"
Lors du précédent débat organisé par l'Ordre des architectes d'Île de France à la Maison de l'architecture, la révolte contre l'inflation des normes appliquées aux logements montait déjà chez les architectes. Patrick Céleste proposait alors de ne pas réduire le logement à un simple dispositif intérieur soumis à (trop ?) de réglementation, mais de travailler davantage à sa place dans la ville. Le 10 février 2011, architectes, promoteurs et démographes étaient donc invités à réfléchir au logement dans son contexte social avec une question sous-jacente : sommes-nous prêts à bien vivre ensemble dans la ville?

En ouverture, Emmanuelle Colboc, qui était intervenue avec vigueur lors des précédents échanges à la Maison de l'architecture, propose un « manifeste d'amour pour le logement et notre société ». Rappelant que la qualité d'un logement ne dépend pas uniquement de sa taille mais également de son rapport à l'espace public, l'architecte explique la nécessité d'un espace collectif à ciel ouvert qui le sépare de la rue. Un lieu de convivialité partagée, un vide de mise à distance des logements par rapport à l'espace public, à normaliser selon Olivier Arène, élu à l'Ordre des architectes d'Île-de-France présent dans la salle. Au sujet des normes applicables au logement, Emmanuelle Colboc tire la sonnette d'alarme, « on laisse filer des erreurs dans nos projets, sous prétexte que c'est conforme ». L'architecte appelle également à un rassemblement pour que « la ville évolue et le lieu de l'habiter avec elle » en pointant la compression du temps de conception comme la cause d'encore plus d'erreurs. Selon Philippe Panerai, urbaniste, « Ce système de rapidité mène à la catastrophe ». Du côté des promoteurs, souvent désignés comme les premiers responsables de l'urgence et des difficultés liées au peu de moyens octroyés pour réaliser des opérations de qualité, les coupables sont les administrations. Pour Marc Gilli, promoteur, « C'est la rareté foncière qui nous impose d’énormes contraintes de délais. Les communes, qui n'appliquent pas leurs PLU, créent la sous-densité et la pénurie de foncier, et donc de logements, qui force à une course à l'habitat en réduisant le temps de la conception ». Du temps pour mieux faire et plus d'échanges entre les différents acteurs du logement, c'est ce que réclament finalement architectes et promoteurs.

Comme l'Ordre le rappelle, le logement collectif est une condition de la ville dense et solidaire et la mixité sociale une gageure de son bon fonctionnement. Christine Corbillé, démographe, fait pourtant remarquer que « plus une ville grandit, moins elle est mixte, avec le désir de l'entre-soi de certaines catégories de populations ». Ce sont les différents modes d'occupation qui permettent la mixité sociale. Ainsi, propriété et locatif construisent la ville tout en permettant une mobilité aux temporalités variables. Philippe Panerai imagine « qu'il faudrait également inventer quelque chose entre le "locatif hard" et "la propriété hard" » en s'inspirant de ce qui se passe chez nos voisins scandinaves. Mais comment faire évoluer les choses lorsque la question du logement est si peu abordée par les politiques, ou l’est seulement sous l'angle de l'habitat individuel ?
Finalement, c'est la question des règlementations abusives appliquées au logement qui ressort. Pour Emmanuelle Colboc et Olivier Arène « ces normes, réduisant l'architecte à seulement bidouiller des façades, empêchent d'être inventif en imposant des moyens sans laisser place à une réflexion pour atteindre ces objectifs ». Emmanuel Caille propose alors qu'à leur tour promoteurs et maîtres d'ouvrage écrivent leur manifeste et se joignent aux architectes pour créer de meilleurs logements ensemble, appelant au rassemblement pour porter politiquement ces questions.

Et même si le débat s'est une nouvelle fois tourné vers l'échelle domestique, pour Sabri Bendimérad ces normes concernent également la place du logement dans la ville. Notamment la règlementation "handicapé" qui en apportant de la mixité au sein même des unités d'habitation, entraînent le mélange des populations nécessaire à la ville. Sont-elles alors une réponse, certes mal adaptée, au « comment vivre ensemble sur un même territoire ? ». Pour l'assistance en tout cas, c'est en créant l'évènement social que la ville se vit déjà mieux. «Avec des moyens de rencontre tels que la fête des voisins».

Margaux Darrieus

Débat animé par Emmanuel Caille, rédacteur en chef de la revue d’a, avec Emmanuelle Colboc, architecte, Christine Corbillé, directrice du Département démographie, habitat, équipement, et gestion locale de l'IAU IDF, Marc Gilli, directeur général adjoint Habitat de Bouwfonds Marignan et Sabri Bendimérad, architecte et commissaire de l’exposition.

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Lieu :Maison de l'architecture en Île-de-France - 148 rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris

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