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Ça s’est passé à l’Ordre
18.1.2011
Mieux habiter

débat, mardi 18 janvier 2011

Les architectes dans la tourmente du logement
Les contraintes qui pèsent sur la conception du logement en France ont-elles atteint un niveau critique, ou bien les architectes peuvent-ils encore « faire avec », selon leur habitude ?

Le débat sur le logement collectif que l'Ordre d'Île-de-France a organisé le 18 janvier 2011 a tenté d'éclaircir cette question, à l'occasion de l'exposition inaugurée le jour-même dans ses murs (« Vu de l'intérieur, habiter un immeuble en Île-de-France de 1945 à 2010 », jusqu'au 23 février).

Le sujet officiel du débat, « Mieux habiter », n'a pas résisté longtemps à l'irritation suscitée par l'inflation de contraintes qui pèsent sur la conception des logements en France (contraintes de surface, de coût, de normes), au point d'épuiser les meilleures intentions - et elles étaient nombreuses dans la salle. Face à face se sont opposés les tenants du « devoir de l'architecte » de répondre à toutes les contraintes, et ceux qui protestent que la barque est pleine, que la qualité architecturale minimum n'est plus garantie et qu'il faut restaurer des marges de manœuvre au nom de ce même devoir de bien faire. Mais par quels moyens ? Et d'abord, comment situer le sujet ? Au niveau professionnel (s'organiser, se former, négocier au cas par cas) ou bien au niveau politique (obtenir des mesures compensatoires, un desserrement des contraintes, d'autres modes de financement de la construction, de calcul des loyers ?).

Beau thème de méditation pour l'Ordre d'Île-de-France, qui ne craint pas les sujets de société difficiles, comme il l'a montré en bataillant pour faire admettre les vertus de la densité ou en appelant à un partage de la responsabilité publique sur l'architecture. Mais tout reste à faire.

Majoritairement (dans la salle), les architectes ont décrété l'impossibilité actuelle de gérer les « failles » du système. Pour Jacques Ripault, « le logement est un parfait exemple de double contrainte, on demande davantage sans donner les moyens ». Pour Monique Eleb, co-commissaire de l'exposition, « on a pratiquement les logements les plus petits d'Europe ! Avec plus de mètres carrés, on n'aurait à peine besoin de normes handicapés ». Emmanuelle Colboc et Catherine Furet ont crié leur « nausée » devant l'argent dépensé dans des règles jugées abusives. « Il n'y a même plus de surface minimum, seulement des normes » soulignaient-elles. « Et qu'on cesse de nous dire que les contraintes aiguisent la créativité ! ». Pour fuir la quadrature des normes, Patrick Céleste a proposé de ne pas réduire le logement à un dispositif intérieur, mais de travailler davantage à sa place dans la ville. Mais l'un n'empêchant pas l'autre, l'insatisfaction a repris le dessus du débat, y compris du côté des maîtres d'ouvrage. « C'est à pleurer » enchaînait Stéphane Peu, Président de l'OPH Plaine Commune Habitat, dénonçant comme responsable le système de financement par la solvabilité de la personne et non de la construction : « un scandale ». « Les maîtres d'ouvrage doivent aussi balayer devant leur porte, a-t-il ajouté, évoquant le manque de grands logements : un an d'attente pour un F3, dix ans pour un F5! »

Produire du « bon logement », adapté à la demande et en quantité suffisante reste une question brûlante. Les architectes se sentent responsables de ce défi, même s'il touche les questions politiques de l'accessibilité au logement des plus démunis, du coût locatif au m2, des modes de financement, du foncier. Une manifestation du « Collectif des Mal logés en colère » a été accueillie avec respect en prélude au débat.

Pascale Joffroy

Débat animé par Emmanuel Caille, rédacteur en chef de la revue d’a, avec Jacques Ripault, architecte, Stéphane Peu, Président de l’OPH Plaine Commune Habitat, Philippe Sandevoir, Directeur de la réhabilitation de l’OPH Paris Habitat, et Michel Perrot, Président de la Maison de l'architecture en Île-de-France.

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Lieu :Maison de l'architecture en Île-de-France - 148 rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris

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